©Sam Burriss

DEAR YOU

14th July 2021.

Words by Chiguecky Ndengila. Photography by Sam Burriss.

We are extremely proud to welcome Chiguecky Ndengila's second letter.

Through this project, we would like to change mentalities, bring forward neglected or taboo topics and question the status quo. The non-desire of motherhood is not a subject much talked about because women are expecting to want children, women are supposed to want to become mothers. It is about time we gave back women's body autonomy. We hope this letter will move the needle, for all women and for Black Women in particular.

LETTER IN FRENCH

Ça s’en va et ça revient. Voilà comment je décrirais mon désir de maternité. 

 

Aujourd’hui je veux des enfants, demain hors de questions. Aucune certitude au sujet de mon désir de maternité, aucune certitude au sujet d’un présumé instinct maternel. 

 

Les jours où l’envie de fonder une famille m’envahit, je me dis que je ne veux pas reproduire mon schéma familial. Je me vois rêver en créer un meilleur. Un plus sain. Moins fucked up. Je me prends d’envie de me donner corps et âme à l’être que j’aurais mis au monde. Ce petit bout de moi, résultat d’un amour tout aussi profond que celui que j’aurais pour mon enfant.

 

Et mon désir de maternité s’en va. Il part aussi furtivement qu’il est venu. Je me demande à quoi bon faire des enfants ? En ai-je vraiment envie ? Ce monde mérite-t-il mon enfant ? 

 

Mais la question que je me me pose parfois et dont j’ai le plus honte est : ai-je envie de mettre au monde une personne Noire ? Ai-je envie de mettre au monde un enfant qui de fait devra apprendre à vivre avec la discrimination ?  Qui devra apprendre à faire plus pour avoir moins ?  Qui devra apprendre à aimer la couleur de sa peau dans un monde qui ne cesse de lui montrer que sa carnation est un problème, un handicap, une source de peur, un révélateur de l’altérité, un motif pour mourir ? 

 

J’ai autant honte que mal de me poser ces questions. Honte, car je sais que ce n’est pas normal. Mal, car je sais les douloureuses expériences qui se cachent derrière ces réflexions. 

 

J’ai comme l’impression de capituler. J'abandonne. Vous gagnez. Il n’y aura pas de descendance. L’oppression, le racisme systémique comme ordinaire, la crise identitaire, ça s’arrête à moi. Moins de Noirs, c’est ce que vous voulez non ? 

 

Je ne veux pas devoir apprendre à mon enfant ce que signifie être Noir dans ce monde. Lui apprendre la place que je lui donne versus la place que lui confère la société. Lui dire qu’il/elle pourra y arriver, qu’il/elle y arrivera, mais que le chemin sera semé d’embûches dont l’unique cause sera la couleur de sa peau. 

 

Je ne veux pas non plus lui transmettre mes propres névroses, moi qui ai mis une vingtaine d’année avant d’accepter et aimer ma négritude. Moi qui ai si longtemps voulu être Blanche pour que la vie soit plus rose. Comment pourrais-je élever un enfant Noir et fier de l’être ?

 

Et puis d’un coup, toutes ces questions me semblent ridicules. Ce n’est pas comme si j’allais être la première Noire à mettre au monde un enfant Noir. Et puis pourquoi baser mes choix de vie individuels sur des questions systémiques qui me dépassent ? N’est-ce pas absurde ? Oui me diront-ils en chœur.choeur. Au fond de moi je leur donne raison et mon désir de maternité revient.

Chiguecky Ndengila is a 28-year old entrepreneur based in Paris. She wanted to work on cultural projects that tackle identity matters. Realising the power of culture and media as a way of bringing people together led her to use music and video to share what she deeply believes in: cultural diversity is a strength.

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